Ne permets pas que je me lasse de Te chercher mais mets-moi au cœur un désir plus ardent de Te chercher.
Saint Augustin d’Hippone
Marseille, ville-villages
La majorité des 110 quartiers administratifs marseillais* portent le nom du village autour duquel ils se sont développés. Ces quartiers-villages se divisent souvent en quartiers secondaires dont la désignation tient à l’histoire et à la pérennité des usages plus qu’au découpage administratif.
La Fouragère, quartier du 12ème arrondissement de Marseille, ne rejoint pas ce fait majoritaire, ne comprennant pas de noyau villageois**. Situé sur une colline à l’est de la ville, atteignant l’altitude du parvis de Notre-Dame de la Garde, la Fouragère restera jusqu’au 20ème siècle un espace partagé entre de rares habitations et des cultures. Des terres fertiles fournissent des produits maraîchers alors que des marseillais aisés profitent de campagnes avec bastides et parcs. Ils y séjournent pour échapper aux grandes chaleurs de l’été et à la puanteur en ville. En bourgeois, ils tirent aussi profit des activités qui s créent cette insalubrité.
A partir de 1950, des lotissements de villas, certains modestes, d’autres cossus, se développent à la Fouragère sans mettre fin aux activités agricoles. Les prés accueillent les chevaux des relais de poste au repos et assurent le fourrage des attelages. Le quartier en a tiré son nom.
Beaumont constitue un quartier secondaire de la Fourragère. Il n’a longtemps été qu’un groupe d’habitations construites à proximité d’une bastide.
En pèlerin
En pèlerin, j’ai rejoint à pieds Saint-Augustin-Beaumont, visitant sur la route l’église Saint-Barnabé dans le quartier du même nom, en quête du désir ardent d’Augustin, Père de l’Église. De mes fenêtres, je vois les deux églises, alignées, l’une à 3 kilomètres de chez moi, l’autre à 4.

L’eau de la Fouragère, offerte en abondance, provient de ruisseaux qui descendent des collines de l’Étoile. Dès le 13ème siècle, un aqueduc desservant les 380 puits de Marseille y trouve son approvisionnement.
Dans les décennies 60 et 70, sous la pression démographique, de grands ensembles résidentiels sont édifiés. Ils conservent le nom des campagnes comme les Borromées, le Constellation ou Marie-Christine. Leur développement éradique peu à peu toute activité agricole.

Des limites urbaines repoussées

Pour rejoindre la Fourragère, partant de l’extérieur de l’ancien second rempart, j’ai traversé deux limites urbaines : le Jarret, ensemble de boulevards réalisés par couverture de la rivière éponyme, franchi également pour se rendre à Saint-Calixte ou Saint-Pierre, puis la L2, autoroute urbaine qui fait le lien entre les autoroutes nord et est de la ville.
Après le génocide des arméniens, des rescapés s’installent dans le quartier. L’édification de leur église à Beaumont, Saint-Grégoire l’Illuminateur***, précédera de quatre années celle de l’église catholique Saint Augustin-Beaumont. Les deux sanctuaires, au destin parallèle, portent la charge spirituelle du développement résidentiel du secteur.
La famille d’’Augustin Fabre, le médecin des pauvres décédé en 1884, cède le terrain nécessaire à la construction de l’église. Les Fabre possédaient une bastide dans le quartier. En souvenir du très pieux docteur, l’église est dédiée à saint Augustin****.
La maison des Fabre fera le presbytère.
Lointaine et discrète, Saint-Augustin-Beamont est saisissante. Son architecture, bien ancrée dans son temps, porte la vision d’une élévation divine dans en un temps où la déchristianisation progresse, notamment à Marseille*****. La sobriété de l’intérieur est à l’image de ce pèlerinage léger d’un début d’été, dans le recueillement et dans un bonheur discret.
L’église a été consacrée en 1936, comme Saint-Antoine-de-Padoue au Roucas-blanc, de facture plus 19ème et passéiste. L’année aussi de la construction de l’immeuble dont j’occupe le dernier étage.
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Que je vous connaisse, ô Vous qui me connaissez, que je vous connaisse comme je suis connu de vous.
Saint Augustin citant 1 Corinthiens 13, 12
Notes
*Concentrée à l’origine sur la rive nord du Vieux-Port, Marseille est sortie de ses remparts successifs pour absorber ses faubourgs et englober progressivement les hameaux et les villages ruraux de son territoire, futurs noyaux villageois. Les quartiers centraux, bien entendu, ne comprennent pas de noyau villageois
**Approuvé en 1959, le Plan de Meyer-Heine a servi de Plan d’urbanisme jusqu’à la fin des années 1970. Il a consacré le choix d’appuyer le développement de Marseille sur les noyaux villageois de la périphérie au détriment de la rénovation des secteurs anciens. En 1990, René Borruey, enseignant à l’école d’architecture de Marseille, a porté une appréciation positive sur cette orientation : « Meyer-Heine a souhaité « remplacer le schéma classique de la ville radioconcentrique en forme de cible… par celui de la grappe »
***Il s’agit d’une église arménienne orthodoxe. Une église arménienne catholique dédiée elle aussi à Saint Grégoire l’Illuminateur se trouve rue Sibié, à la Plaine
**** Dédicace qui renvoie à Saint-Ferréo-les Augustins, point nodal de ce travail
*****Le diocèse de Marseille connaît l’un des taux les plus bas de l’indice d’ordination

Penché à ma fenêtre, je vois Saint-Augustin-Beaumont, à 4 kilomètres et au devant de la nef, le clocher de l’église Saint-Barnabé, plus près d’un kilomètre.
A suivre…
C


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