Là-dessus, elle partit appeler sa sœur Marie et lui dit tout bas : « Le Maître est là et il t’appelle. »
Jean 11, 28

Longué -Jumelles et ses rivières
La création de Longué -Jumelles, par la fusion-association des deux villages voisins, Longué et Jumelles, remonte à 1973. A la limite du bassin parisien, partagée entre le Val de Loire et le Baugeois, Longué-Jumelles est une commune importante par sa superficie : 9 620 hectares. Elle accueille un peu plus de 7000 habitants.
Plusieurs cours d’eau innervent le territoire communal. La rivière du Lathan qui traverse la ville d’est en ouest*, s’y réunit avec l’Authion qui marque la limite sud du territoire. Cette rivière d’une centaine de kilomètres de long se divise en plusieurs bras. Cette présence de l’eau rend les terres fertiles mais apporte aussi risques et catastrophes. L’histoire et la dédicace de l’église de Longué, Notre-Dame-de-la-Légion-d’honneur, en portent le souvenir.

Les premiers écrits qui font mention de Longué remontent au 11ème siècle. Le toponyme vient de cette particularité du Lathan, constitué de nombreux bras, ce qui oblige son franchissement par 7 ou 8 gués. Le nom, Longs gués, se déplacera plus tard vers Longué. Des passerelles et des ponts ont par la suite été installés.
La nouvelle église de Longué
En 1847, le curé de Longué, l’abbé Hubert, initie le projet de construction d’une nouvelle église. Il en dessine le projet. L’église paroissiale Notre-Dame-de-Thenais, fondée au 11ème siècle, devenue trop petite, menaçait de s’effondrer. Le terrain est acheté l’année suivante, puis les financement font défaut. Les travaux ne débuteront que peu avant la mort de l’abbé, en 1851.

Le nouveau curé, Justin Massonneau, obtient en 1855 une subvention de la commune et l’accord du ministère pour la construction**. Les travaux reprennent mais sont interrompus le 4 juin 1856 par une crue de la Loire catastrophique. Le village connaît des dégâts majeurs, les récoltes sont compromises et les donateurs exsangues. Le chantier de l’église est interrompu.
Les inondations de 1856 ont touché une très large partie du territoire national. L’empereur Napoléon III visitera les régions inondées. Il va à Lyon, Dijon, Valence, Arles, et navigue dans les rues de Tarascon.
Après une pause à Paris il se rend à Orléans, Blois, Angers et Tours, sinistrés par la crue de la Loire. Il traverse Trélazé, à 30 km de Longué, territoire des émeutes de la Marianne un an plus tôt***. Le souverain s’imagine en pilier de la cohésion nationale, en surplomb des forces sociales et politiques. Les élans de la nature peuvent le servir dans ce dessein, comme l’ordre de la Légion dhonneur. L’abbé Massonneau, pragmatique, saura utiliser la distribution de l’honneur national d’une autre manière.

Le déluge à Longué

La nuit du 4 juin, à La Chapelle-Blanche, aujourd’hui La Chapelle-sur-Loire, le fleuve ouvre une brèche de 200m dans sa digue. Les eaux s’engouffrent et vont inonder la vallée de l’Authion et mettre la population en péril. Le 5 juin, l’abbé Massonneau, les messes dites, part au secours des inondés, avec ses deux vicaires et une quarantaine d’hommes. Les sauvetages se révéleront dangereux, épuisants.
Le curé dirige ses hommes, les entraîne et s’engage. Il manque de se noyer à plusieurs reprises. Plus tard, convaincu d’une fin proche, juché sur des charrettes avec 27 personnes, sur le point de disparaître sous les eaux rapides, il donne l’absolution à ses compagnons. Le groupe parviendra à se dégager du piège. Le récit détaillé de la scène se trouve ici.
Après le reflux, le quotidien et la vie sont difficiles. Les eaux recouvrent les deux tiers de la commune. Dans de nombreux hameaux, le Lathan ne regagnera son lit qu’après plusieurs mois.
Mille cinq cents personnes ont vu leurs terres et leurs récoltes emportées par le courant et pour beaucoup leurs maisons ou leurs fermes détruites. Dans les mois qui suivent, au dénuement s’ajoutera l’insalubrité et la maladie. Il n’était plus question de solliciter les habitants pour la construction de l’église. Ses mur ne font t que 7 m de hauteur. L’abbé devra soutenir ceux qui manquent de tout, malgré les aides qui arrivent de toutes parts.
Une visite au curé d’Ars
Au printemps 1856, une paroissienne de Longué, madame Maugourd, se rend à Lyon pour visiter sa fille, une religieuse. L’abbé Massonneau lui remet une lettre à l’attention du Curé d’Ars.
– Remettez-la-lui, s’il vous plaît, et demandez-lui s’il sait que je finirai mon église.
– Rassurez votre bon curé, répondit Jean-Marie Vianney avant même d’ouvrir la lettre, son église se bâtira ; mais il lui faudra l’aide de grands personnages.
En 1857, Napoléon III nomme l’abbé Justin Massonneau chevalier de la Légion d’honneur, en reconnaissance de son héroïsme face aux inondations.


Une idée vient alors à l’abbé, éclairé par l’Esprit. Il sollicitera les riches membres de l’ordre de la Légion d’honneur pour obtenir des fonds. Son appel rencontre un certain succès et lui permet d’achever la construction de l’église et la réalisation des vitraux. En 1860 l’archevêque de Tours, monseigneur Guibert consacre Notre-Dame-de-la-Légion-d’honneur.
La première église paroissiale de Longué
Entre le 11ème et le 12ème siècle, on avait édifié la première église paroissiale de Longué. Dédiée à Notre Dame, elle s’élevait au centre de l’actuelle place Pasteur. Son édification répond à la volonté d’un comte d’Anjou, dont on ignore le nom. En raison du lieu de son implantation l’église ,est baptisée Notre-Dame-du-Thenais. L‘ancien bourg de Longué s’appelait en effet Than, puis Thenais ou Thenay.

Le bâtiment évoluera jusqu’au 16ème siècle, avec une superposition de styles, du gothique au baroque.
Notre-Dame-de-la-Légion-d’honneur : l’extérieur
Notre-Dame-de-la-Légion-d’honneur s’inspire du gothique du 13ème siècle. Alors que l’usage du néogothique s’impose largement au 19ème siècle, l’histoire de la création du sanctuaire comme sa révolution de lumière le détacheront de la production de masse d’établissements religieux reprenant ce style.
L’église est parfaitement symétrique, à l’extérieur comme à l’intérieur, ce qui la rapproche des conceptions classiques comme bourgeoises. L’abbé Massonneau reprend le projet initial pour le rendre compatible avec le financement disponible. Delestre et Detailloux, architectes à Angers, ont dressé les plans.


La façade, partie extérieure la plus riche de l’édifice, comprend trois portes couronnées de gables à crochets. Chapeau, un artiste angevin, a réalisé l’ensemble des sculptures de ‘église. Le tympan de la porte centrale est resté dans l’attente d’un portrait de la Vierge jusque dans les années 2020.
Le clocher a trois étages, le premier ajouré d’une rosace, le second avec seulement deux étroites meurtrières, le troisième percé sur chaque face de trois baies jumelées. La tour flanquée de deux clochetons, attend toujours sa flèche.
Notre-Dame-de-la-Légion-d’honneur : l’intérieur



A l’intérieur, trois nefs simples, équilibrées, avec des colonnes à faisceaux et des chapiteaux inspirés du 13ème siècle. A l’entrée de l’édifice, l’espace parait sombre, mais une fois franchi le couvert de la tour, alors qu’on s’avance, on baigne dans la clarté offerte par deux rangées de verrières. L’une dans les bas-côtés et l’autre dans la nef principale. Les archivoltes qui encadrent les baies des bas-côtés reposent sur des consoles en feuillages. Celles de la grande nef sur des têtes.
Le maître-autel présente à l’assemblée un bas relief dessiné par l‘abbé Choyer. Il est consacré à la Gloire de la Vierge. L’abbé, prêtre du diocèse d’Angers et artiste, a également réalisé la chaire de l’église.

Au dessus du portail principal, une fresque dédiée à la Vierge Marie. Léon Toublanc l’a peinte en 1952. Il avait trouvé refuge à Longué-Jumelles pendant la guerre et voulait exprimer sa reconnaissance envers la ville.
Le facteur nantais Louis Debierre a réalisé pour l’église un orgue révolutionnaire qui disposait d’une transmission électro-pneumatique, technique nouvellement brevetée par le constructeur. On peut alors déporter la console. Elle se situait à l’origine en avant de l’instrument, l’organiste faisant face à l’autel****.
Les verrières
L’abbé Massonneau avait lancé un fructueux « … appel à tous les militaires décorés de la Légion d’Honneur et je sollicite de leur charité le paiement des vitraux de notre église… » L’église est devenue un sanctuaire des verrières, fruit d’un second renouveau gothique. Comme si le choix d’un style architectural, le gothique, imposait à ce 19ème siècle de trouver sa propre révolution iconographique. Ainsi, l’abbé Massonneau , tel un Suger de campagne, a fait éclore un nouveau langage de lumière, inspiré du passé, mais porté par le temps.
La création et la réalisation des vitraux reviennent à Julien-Léopold Lobin, peintre verrier installé à Tours. Il va transgresser les règles de l’époque qui voulaient que le verrier reprennent des dessins médiévaux, servis par les techniques modernes. Ici, techniques modernes s’articule avec fruits nouveaux.
Avec pour fruits nouveaux…




Un nouveau langage de lumière avec pour fruits des représentations de saint Luc et saint Matthieu, saint Augustin et saint Jérôme, saint Jean et saint Marc, saint Basile et saint Jean Chrysostome, Moïse et Aaron, David et Judith, Isaïe et Judas, Macchabée, Godefroi de Bouillon et Jeanne d’Arc.
Charlemagne et saint Léon le Grand, Constantin et Clovis, Sainte Rose, les litanies de la Vierge, la Rose Mystique, la Porte du Ciel et la Maison d’Or, le Vase d’Honneur, la Tour l’Ivoire et la Tour de David, l’Annonciation, la Visitation, la Nativité de Notre Seigneur, la Présentation au Temple, la Descente du Saint-Esprit dans le Cénacle.
L’Assomption, le couronnement de Marie, mère du Seigneur, Jacques-Gabriel Gallais, enfant du pays et martyr en 1792, Judas Macchabée, Judith, Longin, sainte Hélène, saint Joseph, saint Vincent de Paul, un juge et un avocat, un évêque et un prêtre. Ces derniers sous les traits de Monseigneur Angebault , évêque d’Angers, et de l’abbé Massonneau.
Jacques Juteau a restauré la rosace ouest dans les années 1950.
En 1996, un nouveau vitrail rejoint la nef, à proximité de la porte latérale gauche. Réalisé par Mireille Juteau*****, il commémore le martyre de Jacques-Gabriel Gallais lors des massacres de septembre.
La chapelle Notre-dame de Thenais
Dans l’ancienne église Notre Dame de Thenais existait une chapelle dédiée à la Vierge. Le projet de l’abbé Hubert, pour la nouvelle église, prévoyait de poursuivre la dévotion à la Vierge dans une chapelle renouvelée. L.’abbé Massonneau a pu lui donner de l’ampleur.



L’autel de la chapelle, comme celui de l’église, possède un bas-relief à la gloire de la Vierge. A ses côtés, sainte Anne et de saint Joseph. En surplomb, la statue d’une vierge couronnée qui daterait du 16ème siècle . Elle provient de l’ancienne église.

Petits et grands, riches ou pauvres, tous lui disent, chacun à sa manière :
Tu honorificentia populi nostri.
Inscription en bas du maître autel
Notes
*Des lavoirs particuliers ont été édifiées à Longué, au 19ème siècle, sur une rive du Lathan. Leur présence en fond de parcelle,visible depuis l’autre rive de la rivière, fait autant de petits théâtres familiaux
**Un accord de l’état était nécessaire pour toute construction d’église
***Avant de rejoindre Longué, l’abbé Massonneau avait été curé de Trélazé. Il y a bâti une nouvelle église. L’abbé a confirmé sa vocation de bâtisseur à Longué. Soucieux du salut de ses ouailles, mais aussi de leur apporter un secours dans ce monde, il a crée une école, un hôpital, des lieux de convivialité. Son attention permanente aux plus démunis le rapproche du bienheureux abbé Fouque de Marseille
****L’orgue de Notre-Dame-de-Bon-Port à Nantes, réalisé lui-aussi par Louis Debierre, bénéficiait d’innovations technologiques semblables
*****Née à Marseille. Elle a épousé Jacques Juteau et ils ont partagé leurs ateliers




Sur le toit de l’ancien hôpital crée par l’abbé Massonneau, une statue de saint Joseph. Ce qui comble un peu la distance entre Longué et Marseille. L’hôpital Saint-Joseph de Marseille a été créé par le bienheureux abbé Fouque, à la même époque que l’hôpital de Longué (voir la note ci-dessus)
A suivre…

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