Marie dit alors : « Je suis la servante du Seigneur. Que tout se passe pour moi comme tu me l’as dit ! »
Luc 1, 38

Vitrail de l’Annonciation
Notre-Dame-du-Marthuret : des origines
Le culte de Notre-Dame a occupé une place essentielle à Riom, ancienne capitale du duché d’Auvergne. Jusqu’à vingt-cinq confréries se sont placées sous son patronage.
L’église Notre-Dame-du-Marthuret offre, au travers de ses pierres, comme une synthèse de l’histoire patrimoniale, politique et religieuse de la France, depuis le moyen-âge jusqu’au second empire. Elle mérite le long développement qui suit.
Dès le hait moyen-âge, les chanoines réguliers de Saint-Augustin, installés dans l’’abbaye Saint-Amable de Riom, assuraient le rôle de curé primitif. Ils devaient pourvoir à l’administration spirituelle de la paroisse unique qui couvrait Riom. Un membre de la communauté, désigné pour cela, exerçait les fonctions pastorales.
Les religieux vont aussi employer des prêtres séculiers. Ces derniers constitueront une communauté de prêtres libres, l’Universitas clericorum riomensium. En 1242, cette communauté bâtit une chapelle dans le quartier du Marthuret. Le terme Marthuret provient de l’occitan marturet, venant lui même de martyrium. Il désigne un cimetière ou une mémoria.

Une première église
En 1262, le roi Louis IX se rend avec la cour à Clermont pour célébrer le mariage de son fils, Philippe le Hardi ,avec Isabelle, fille de Jacques Ier d’Aragon. Une future et éphémère reine France. Le collège des prêtres séculiers obtient alors du roi le droit de remplacer la chapelle par une église paroissiale.
L’année suivante, Alphonse de Poitiers, qui est aussi seigneur de la Terre d’Auvergne, sollicité par le pape Urbain IV, apporte le terrain et accorde une aide financière pour construire l’église.
La construction du sanctuaire s’achève en 1291. Une bulle du pape Nicolas IV nomme l’église ecclesia secularis Beatae Mariae de Martoreto de Riomo * et accorde des indulgences à ceux qui la visiteront.

Une seconde église
Un incendie détruit le sanctuaire en 1308. Le pape Clément V accorde des indulgences, cette fois à ceux qui contribueront à la reconstruction de l’édifice. La nouvelle église sera du style gothique rayonnant propre à la région auvergnate, appelé parfois gothique méridional. La construction ne comprend qu’une nef, bordée de chaque côté par une suite de chapelles peu profondes.
Le chœur, pentagonal ,sera transformé en 1340. Cette évolution se fait contre la volonté des moines de Saint-Amable. Un conflit entre les prêtres séculiers et le chapitre de Saint-Amable prend forme et durera 20 ans. Il s’achèvera en 1360 avec la signature d’un accord entre moines et prêtres. La préséance du chapitre de Saint-Amable sur le collège des prêtres est alors reconnue.


Au 15ème siècle, Charles Ier de Bourbon autorise le prévôt de Riom et le chapitre à empiéter de six pieds sur la rue principale pour reprendre et embellir le grand portail.
Un document de 1465 mentionne l’existence d’une confrérie de protection de l’église, la confrérie de la Nativité Notre-Dame. Elle prend en charge l’essentiel des dépenses de l’église. Elle sera ruinée au 18ème siècle.
Le sanctuaire accueille des confréries créées par divers métiers : hôteliers, orfèvres, tisserands, charrons, tanneurs…




En avant de la nef, sur les côtés, on a bâti deux chapelles à la renaissance., ajoutée hors œuvre des côtés sud et nord. La confrérie de Saint Jacques de Compostelle réalise l’une d’elles, la chapelle Saint-Jacques. Elle comprend une voûte en étoile.

Vitrail de la chapelle Saint-Jacques
daté de 1538
Une voie du pèlerinage de Saint-Jacques de Compostelle relie encore aujourd’hui Vézelay au Puy-en-Velay en passant par Nevers, Souvigny ou Moulins, Saint-Pourçain-sur-Sioule, Gannat, Aigueperse, Riom, Montferrand, Issoire et Brioude.
La confrérie des tanneurs fêtait saint Jacques le 25 juillet, dans la chapelle éponyme.
Les confréries
En 1618, le Révérend Père Montble, prieur des jacobins à Clermont autorise la création d’une confrérie de Notre-Dame de Lorette. Le pape Alexandre VII autorise, en 1655, la confrérie Notre-Dame de Purification. La frairie de femmes Notre-Dame-de-Grâce fait construire en 1669 la porte du Pré-Bas, près de la sacristie. La fratrie Notre-Dame-de-septembre, la confrérie Notre-Dame de la Paix. Et ainsi de suite… en consultant Les confréries de Riom : XIIIe-XXe siècles par Édouard Éverat.

Le dôme

La tour nord de l’église possédait un clocher à flèche de style gothique qui sera abattu à la suite des tremblements de terre auvergnats de la fin du 15me siècle.
100 ans plus tard, un dôme posé sur huit piliers le remplace, avant d’être détruit par une tempête en 1646. En 1648, la fratrie Notre-Dame-de-septembre finance la reconstruction du dôme et l’installation d’une statue de la Vierge à son sommet. La statue appelée Notre-Dame de Recouvrance, est bénie solennellement en 1657.
La révolution
Le 4 novembre 1789, les propriétés ecclésiastiques sont mises à la disposition de la Nation. La Constitution civile du clergé avait été promulguée le 24 août 1789. Elle autorisé les villes de plus de 6 000 habitants à disposer de plusieurs églises paroissiales. L’Assemblée constituante érige l’église du Marthuret en paroisse en 1791. Le premier vicaire de Saint-Amable qui a prêté serment à la constitution, Philippe Deschamps, en devient le curé constitutionnel.

Georges Couthon**, député du Puy-de-Dôme à l’assemblée législative, fait fondre la statue en fer du dôme et deux des cloches pour les besoins de la nation. On martèle les symboles de la monarchie et remplace les vitraux armoriés par des vitraux blancs. Les habitants de Riom se sont opposés à l’enlèvement de la statue Notre-Dame à l’Oiseau, avec une mobilisation particulière de la confrérie des bouchers.
Le dôme est préservé parce qu’il n’est pas considéré comme un clocher.
La loi du 18 germinal an X ou 8 avril 1802 organise le culte catholique après un accord avec le Saint-Siège. Le curé Deschamps reste curé du Marthuret. Un accord impliquant Saint-Amable, relevée elle-aussi, et Marthuret, permet d’éviter le retour des conflits .
Chapelles, absidioles et tour sud
Dans les années 1820, le curé Pierre Chabrier fait percer le mur méridional de l’église et construire par Aymon Mallay, architecte diocésain, quatre chapelles. Un nouveau portail néogothique flamboyant décore la façade. Des absidioles sont ouvertes autour du chevet après achat du terrain voisin.


Le projet de Aymon Mallay prévoit aussi la construction d’une nouvelle tour au sud. Il recueille un avis défavorable de la Commission des monuments historiques mais Napoléon III, en visite en Auvergne en 1862, décide de passer outre. Il attribue à ce projet une subvention 100 000 francs prise sur les crédits des monuments historiques.
En 1870, la Commission raye l’église de la liste des monuments historiques. Sans doute, l’église Notre-Dame du Marthuret n’offre t-elle pas l’expérience de repli intérieur de Saint-Amable, ni de s’immerger dans son intégrité architecturale. Mais son histoire met en scène de manière exemplaire les tensions urbaines et ecclésiastiques comme les rapports d’autorité, étirés au fil des siècles. Ce qui lui donne de jouer ce rôle de synthèse évoqué plus haut.
Mais malheureux, vous les riches : vous tenez votre consolation.
Luc 6,24



L’église sera classée monument historique en 1930.
Sculptures et peintures dans Notre-Dame de Mathuret


Le député du Puy-de-Dôme, Gaspard-Antoine Pagès, obtient en 1844 la cession par l’état de L’Entrée du Christ à Jérusalem de Charles-Louis Müller, qui avait figuré au Salon de 1844.
Le portail de l’église présente une copie de la statue de La Vierge à l’oiseau. L’originale, située sur le trumeau du porche occidental pendant la Révolution, a rejoint la chapelle Saint-Jacques. Elle repose sur un autel construit en 1933 pour l’accueillir. La Vierge remonte au début du 15ème siècle. Pierre de Thury en serait l’auteur.
Le thème de la Vierge à l’oiseau reprend un épisode de l’évangile de Thomas. L’Enfant Jésus, par son souffle, rend la vie à un oiseau tombé à terre. La confrérie Notre-Dame de la Paix se consacrait à son culte. En 1991 une restauration lui a redonné sa polychromie d’origine****.
L’intérieur de l’église accueille d’autres sculptures médiévales dont une Vierge noire, statue reliquaire de la Vierge à l’Enfant du 13ème ou du 14ème siècle.
Nicolas Greschny***** a dessiné un chemin de croix, réalisé en lave émaillée par Jean Borel.
Les vitraux, le chemin de Croix
Le vitrail de l’Annonciation, placé en exergue sur cette page, a été réalisé vers le milieu du 15ème siècle. L’église accueille un second vitrail ancien, daté de 1538, dans la chapelle Saint-Jacques. Il représente la Vierge à l’Enfant entourée de saint Jacques le majeur et saint Jean l’Évangéliste. Au 19ème siècle, Émile Thibaud, maître verrier de Clermont-Ferrand et natif de Riom, réalisera les deux panneaux supérieurs.
Emile Thibaud***** est par ailleurs l’auteur de la plupart des vitraux de l’église. Dans le chevet, la verrière centrale représente la Trinité. Ce vitrail s’inspire de l’Assomption de l’église Notre-Dame de Saint-Lô, daté de 1513 et attribué à Arnoult de Nimègue. Les verrières à droite et à gauche du chevet représentent saint Jean, sainte Anne éduquant la Vierge, saint Joseph et Jésus, saint Paul, saint Pierre et saint Jean-Baptiste.




Un peu plus tardives, les verrières dédiées à saint Amable, saint Austremoine, saint François de Sales, sainte Marguerite, saint Antoine, saint Aimé, saint Benoît, sainte Félicité, saint Etienne, saint Just, saint François d’Assise, saint Yves, saint Isidore, saint Ambroise, saint Augustin, sainte Monique. Une des baies conserve un fragment de vitrail du 15ème siècle représentant Dieu le Père.
La verrière de l’Arbre de Jessé, d’un auteur inconnu, date elle-aussi du 19ème siècle.
Notes
*Église séculière de la Bienheureuse Marie de Marthuret
**Jacobin modéré,, soucieux de limiter les effets de ces temps de violence, Georges Couthon sera guillotiné avec Robespierre. Il s’est opposé aux massacres de septembre
***Réalisé par Daniel Nicaud, originaire du Puy-en-Velay
****Saint-Victor à Marseille possède un panneau peint par Nicolas Greschny. L’artiste a également réalisé une fresque dans l’église de la Tour-Sainte à Marseille
*****Émile Thibaud a installé dix verrières pour Saint-Michel-Archange à Marseille

De mes fenêtres, la gare Saint-Charles et à l’arrière, à 4 km la Tour-Sainte, invisible, qui accueille une fresque de Nicolas Greschny.

A suivre…







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