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L’église Sainte-Croix de Quimperlé

Elle est vivante, la parole de Dieu, énergique et plus coupante qu’une épée à deux tranchants.

Hébreux 4, 12


L’église Sainte-Croix à Quimperlé

L’ ancienne abbaye bénédictine Sainte-Croix occupait l’la plus grande partie de la ville basse de Quimperlé. Les deux rivières qui confluent à proximité se préparent la descente des eaux vers l’océan, à dix kilomètres. Isole et Ellé additionnées deviennent la Laïta et perdent ainsi toutes eux leur identité. Les trois rivières s’écoulent du nord vers le sud. Ce fond à trois rivières que fait la ville basse connaît de d’importantes inondations, lorsque les eaux qui dévalent des collines voisines et de la ville haute s’additionnent à celles des rivières gorgées par les précipitations de larges bassins versants. Des douves qui joignent l’ Ellé et l’Isole ferment en une île le petit centre déployé autour de Sainte-Croix. Celle-ci fait une sorte de gros pivot qu’il faut contourner pour traverser la cité en direction de Bannalec.

Les douves complétaient les fortifications érigées sur les autres côtés de la ville basse au moyen-âge.

L’abbaye Sainte-Croix a été fondée au 11ème siècle, profitant d’une donation d’ Alain Canhiart, comte de Cornouailles. Cette puissante abbaye, une des plus importantes de Bretagne, disposait de nombreux prieurés et dépendances parfois lointaines. Placée sous le régime de la commende* à partir de 1553, l’abbaye va décliner jusqu’à ce qu’elle soit confiée aux frères de Saint-Maur en 1665.

L’église après la révolution

La révolution confisque l’abbaye. Sa bibliothèque sera pillée et ses ouvrages dispersés. Un médecin de Quimperlé, nommé Le Guillou sauvera son cartulaire. On réaffecte les bâtiment bientôt protégés au titre des monuments historiques.

Le clocher construit au sommet de la rotonde par les Mauristes aura fragilisé l’église. Des travaux de renforcement n’empêcheront pas son effondrement en 1862. Sa chute entraînera la destruction d’unes grande partie de l’église et la mort de deux personnes. Seuls le chœur des moines et la crypte qu’il recouvre subsisteront.

Source wikipedia – Origine non mentionnée

Sainte-Croix est le premier édifice roman breton à avoir été entièrement voûté. Elle respecte un plan circulaire, calqué sur l’église du Saint-Sépulcre à Jérusalem, comme l’église de Lanleff dans les Côtes-d’Armor. Elle rejoint les églises rondes de ce site comme Notre-Dame de Victoire à Lorient ou les Accoules à Mareille, des 19ème et 20ème siècles..


Une église reconstruite au 19ème siècle

Après des hésitations, l’église Sainte-Croix est rebâti à partir de 1864 par l’architecte diocésain Joseph Bigot. Émile Boeswillwald, inspecteur général des monuments historiques établit les plans. Il sera nécessaire au préalable de détruire à la dynamite ce qui reste des voûtes et du portail nord, trop fragilisés.

Bien qu’elle respecte le plan d’origine et les formes anciennes en élévation, la reconstruction prend de grandes libertés. Le sol de la croisée est surélevé pour faciliter l’accès à la crypte. Le chœur des moines s’en trouve masqué depuis l’entrée. La perspective ascendante qui existait auparavant disparaît.

L’édifice d’origine proposait une montée douce, d’est en ouest. Le sol s’élevait par palier sur les 50 m de l’axe principal. Il guidait le regard d’arc en arc jusqu’à la fermeture du chœur et la lumière de ses fenêtres en hauteur.

Le décalage brutal de niveau introduit au 19ème siècle supprime ce sentiment d’élévation. L’escalier qui conduit au chœur bloque la vision. Il annule la dimension théologique initiale de l’architecture, au profit d’une mise en valeur de la crypte. On ne s’élève plus vers le Christ glorieux qui a rejoint son Père, on descend pour l’accompagner au tombeau.

Le visiteur qui croit de bonne foi pénétrer un édifice roman, s’étonne du manque de lisibilité de l’église Sainte-Croix. Si l’agencement en cercle et croisée a pu d’emblée perturber les fidèles, ces nouveaux jeux de niveau n’ont fait qu’accentuer ce sentiment.

Un toit conique doté d’un ressaut couvre la rotonde. Son tambour comprend trois niveaux, le premier est aveugle, les autres percés de fenêtres.


Un plan pour se perdre dans l’église Sainte-Croix

Source wikipedia, origine non mentionnée

Les effets de dénivelé dans la nef font un terrain de jeux parfait pour les enfants. Les gardiens rencontrent des difficultés pour conserver son calme à l’église. L’édifice se déploie sur trois niveaux. On atteint e chœur et le chœur des moines en franchissant une douzaine de marches. On rejoint la crypte en dessous en descendant quelques degrés.

La construction inscrit une vaste rotonde au sein d’un plan cruciforme. Entourant la rotonde, un collatéral annulaire donne accès au portail occidental et à trois chapelles au nord, au sud et à l’est. La chapelle orientale, la plus étendue, abrite le chœur des moines, surélevé. La longueur de l’axe nord-sud dépasse 41 m et l’axe est-ouest approche les 50 m. La coupole qui couvre la rotonde atteint 17 m en hauteur et le collatéral annulaire près de 16 m.


Une abbaye en essor

Le cartulaire de Quimperlé donnele 14 septembre 1029, jour de la fête de l’Exaltation de la sainte Croix, comme date de fondation de l’abbaye Cet évènement aurait fait suite à une guérison du comte Alain Canhiart. Il y a là semble-t-il une falsification destinée à renforcer la position de Sainte-Croix dans le contexte d’un conflit avec l’abbaye Saint-Sauveur de Redon. La date de fondation de l’abbaye remonterait plutôt à la décennie 1040.

Ll’église Sainte-Croix est restaurée en 1083, dans le contexte de l’élévation des reliques du premier abbé, Gurloes ou Guthiern, ancien moine de Redon, mort en 1057. L’abbaye espérait promouvoir son culte mais le pape Urbain II s’y oppose en l’absence de miracles attestés.

Le commanditaire des travaux pourrait être le fils du fondateur, un ancien moine de Landévennec devenu abbé de la fondation familiale. S’ouvre alors une période prospère pour l’abbaye, dont le temporel se développe. A la fin du 11ème siècle, elle possède des dépendances dispersées entre Nantes et Concarneau, comme à Belle-Île-en-Mer. L’abbaye de Redon contestera certaines de ces possessions, à l’appui d’un procès.

Tombeaux des abbés Gurloes et Henry de Lespervez


Une situation en dents de scie

Les bâtiments ne connaîtront peu de transformations entre la fin du 11ème siècle et le 15ème siècle. Cette période immobile se clôt par l’installation d’un retable dans l’entrée ouest et la reconstruction d’une chapelle septentrionale .

Le trésor actuel exposé dans la crypte

Placée sous le régime de la commende en 1553, l’abbaye décline et son trésor disparaît. Après 1665, alors que l’abbaye a été confiée aux bénédictins de Saint-Maur, elle se redresse. Les moines rétablissent la règle de saint Benoît et conduisent d’importants travaux de restauration. Ils surélèvent l’église avec une tour-lanterne de 56 m. La structure est renforcée et stabilisée. On construit un nouveau porche rectangulaire.


Une abbaye sens dessus-dessous

L’abbatiale devient une église paroissiale en 1802 et connaît une nouvelle restauration en 1805. En 1848, la commission des monuments historiques s’alarme de l’état de l’édifice**. Jean-Baptiste Lassus, inspecteur des bâtiments civils, prend en charge d’un projet de restauration. Celui-ci recommande la suppression de la tour afin de sauvegarder l’édifice. Il se voit opposer un refus par la municipalité qui en est propriétaire, et par le clergé.

Une consolidation des supports de l’église Sainte-Croix, réalisée en 1862, n’empêchera pas l’effondrement de la tour. L’abbatiale pour l’essentiel est détruite.

Sainte-Croix, son clocher peigne et Notre-Dame de l’Assomption dans la ville haute

Au 19ème siècle, les bâtiments claustraux changent de destination. Ils accueillent aujourd’hui, notamment, la gendarmerie de Quimperlé. Le pavillon à l’angle sud-est abrite le tribunal d’instance avant sa destruction dans les années 1970 . Une nouvelle Poste le remplace. Le logis abbatial devient un hôtel et sera surélevé.

Un clocher-peigne est construit en 1880 au-dessus du pignon de la façade ouest, accompagné d’un second clocher à l’est du chevet en 1903.

Pendant la seconde guerre mondiale, la Gestapo occupe l’abbaye et y pratique la torture.


Une visite de la crypte

En forme de crypte-halle, la crypte du 11ème siècle aligne trois vaisseaux aux formes différentes. Elle possède quatre travées dans sa partie profonde et se termine en abside. Longue de 11 m et large de 8 m, elle est couverte de voûtes d’arêtes qui s’appuient sur des systèmes de colonnes cylindriques ou engagées***. 

Les dix-huit chapiteaux de la crypte et les bases des colonnes sont d’origine. Les chapiteaux sont sculptés de motifs végétaux d’inspiration corinthienne, avec des bouquets de feuilles d’acanthe. Ils se répondent deux à deux. Leur décor s’enrichit comme on s’approche du tombeau de saint Guthiern. Les bases des colonnes, de forme tronconique, sont décorées d’entrelacs végétaux, à la manière de Landévennec ou de la crypte de la cathédrale de Nantes.


La statuaire de la crypte

Dans la crypte,, sous la croisée du transept, un groupe sculpté de dix statues en pierre représente la Mise au Tombeau du Christ. Elle date du tournant du 16ème siècle. Elle provient de la chapelle du couvent des Dominicains de Quimperlé, qu’elle a quitté à la révolution . En 1967,profitant d’une d’une restauration, un voleur a emporté les têtes de saint Jean et de deux des saintes Femmes qui avaient été descellées.

La Mise au Tombeau du Christ du 16ème siècle

Sous le chœur des moines se trouvent les tombeaux de saint Gurloës et de l’abbé Henry de Lespervez.

Le tombeau du premier abbé, Gurloës occupe le centre de la crypte. Le gisant de pierre calcaire repose sur un soubassement en granite.Ce tombeau en a remplacé un premier, destiné à promouvoir le culte du saint à la fin du 11ème siècle . On faisait passer les malades dans un vide sous le soubassement dans l’espoir de les guérir . Les fous, les malades souffrant de maux de têtes ou de la goutte bénéficiaient des vertus du saint. Des nombreux graffitis témoignent de la vénération dont Gurloës faisait l’objet.


Le chœur des moines de l’église Sainte-Croix

Voûtée en cul-de-four l’abside, le chœur des moines recouvre la crypte. Il mesure 13 m de long. La voûte au-dessus atteint 10 m de hauteur. Il est éclairé par onze fenêtres. Au-dessous des fenêtres, dix-huit arcatures aveugles à simple rouleau retombent sur des colonnes engagées.

Les chapiteaux de l’abside sont d’origine, à l’exception d’un seul, refait après l ‘effondrement de. Ils présentent deux registres de décors végétaux et de petites têtes animales ou humaines, d’inspiration corinthienne bien qu’assez libre dans leur exécution. 


Le cloître et les bâtiments conventuels


Un cloître s’appuie sur le flanc sud de l’église Sainte-Croix . Sur trois de ses côtés s’élèvent les bâtiments conventuels avec pavillons aux angles. Chacun des bâtiments comprend deux niveaux et des combles. L’aile ouest dispose d’un sous-sol.

On peur retrouver des images du cloitre et des bâtiments conventuels sur le site POP du ministère de la culture.


Maître-autel et retable de l’église Sainte-Croix

L’église accueille un important mobilier, dont quarante-cinq objets classés.

Avec l’effondrement de1862, une grande partie du mobilier est détruite. L’impératrice Eugénie aurait offert le nouveau maître-autel. De style néo-roman, il reprend des éléments décoratifs de l’église, souvent tirés des chapiteaux. Réalisé en marbre veiné de blanc, de noir, de vert et de rouge, il est desservi par trois marches. Une croix et deux chandeliers en métal doré et émail cloisonné, complètent l’autel.

Le bras ouest de l’église accueille un grand retable en pierre calcaire sculptée en haut-relief. Commandé en 1541 par l’abbé Daniel de Saint-Alouarn, il a migré en 1732 depuis la porte principale, au nord. Le retable déploie l’essentiel du répertoire de la première Renaissance.

Le sculpteur rennais Julien Morillon, en charge du déplacement du retable, en restaure certaines parties, dans un style contemporain.

Au centre trône le Christ de l’Apocalypse, adoré par quatre anges et entouré des Évangélistes, des Apôtres, de la Vierge. Des Vertus théologales et cardinales, des Prophètes et des Docteurs de l’Église.


Les statues de l’église Sainte-Croix


La statue de la Vierge à l’Enfant du 17ème siècle ou Notre-Dame de la Délivrance. Suspendue au pilier nord du chœur actuel, une grande statue du Christ en croix, vêtu d’une tunique et les pieds reposant sur un globe. Une copie réalisée après la catastrophe de 1862 par Le Brun d’une statue présente dans l’église depuis le 17ème siècle siècle. Dans le bras nord une statue de sainte Hélène en bois polychrome et doré, réalisée après l’effondrement et la reconstruction de l’édifice, de style néo-classique.

Une statue de bois polychrome de la Vierge, du 17ème siècle, qui porte le nom de Notre-Dame de Vérité. Une statue du Christ souffrant du 16ème siècle. Dans le déambulatoire une statue en chêne, polychrome, de saint Jacques en pèlerin du 16ème du siècle. Dans le bras sud, une statue de sainte Marguerite du 17ème siècle, en bois polychrome, don de l’évêché de Quimper de 1998. La sainte se trouve debout sur un dragon. Une statue de la Vierge, dite Notre-Dame de Bonne Nouvelle, du 17ème siècle. Une Vierge à l’Enfant en bois polychrome, du tournant du 15ème siècle.

Une Vierge à l’Enfant dite Notre-Dame des Fleurs du 16ème siècle. À la sacristie, des statue en bois de saint Dominique, du 16ème siècle, du pape saint Corneille, ou Cornély, de la première moitié du 19ème siècle. Une statue en bois polychrome de saint Roch accompagné de son chien, de la première moitié du 19ème siècle.

D’autres statues de l’église Sainte-Croix

Une statue de bois polychrome de Dieu le Père, du 17ème siècle, issue d’une Trinité, avec colombe du Saint-Esprit servant de fermoir au vêtement divin. Le Christ en Croix qui devait compléter l’ensemble a disparu****. Ce groupe sculpté provient de l’église de Lothéa. Une statue de la Vierge à l’Enfant. Dans le bras ouest, un tableau de l’Adoration des Mages avec des scènes de la Nativité et de la Fuite en Égypte, signé J. Bizien, peintre inconnu, et porte la date de 1635 et le nom de son commanditaire, Jean Auffret, syndic de la ville de Quimperlé. Il est reprend l’esprit de la peinture flamande du 17ème siècle. Une statue de sainte Thérèse de l’Enfant Jésus. La chaire à prêcher construite dans la seconde moitié du 19ème siècle.

Entre les deux rampes d’escalier qui montent vers le chœur, les fonts baptismaux : un pied carré de marbre noir veiné de blanc porte une cuve ovale dans le même matériau. Un couvercle de bronze ferle la cuve. . Dans le bras ouest, qui sert d’accès à l’église, un bénitier de marbre noir veiné de blanc. La vasque, de grande taille, a la forme d’une coquille. Elle repose sur un pied tripartite.

Dieu, en effet, a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, pour que tout homme qui croit en lui ne périsse pas mais ait la vie éternelle.
Jean 3, 16

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La sacristie

Dans la sacristie de l’église Sainte-Croix, se trouve une seconde statue de Dieu le Père, elle aussi issue d’une Trinité.

En 1704, l’abbé Mauriste Guillaume Charrier commande pour la sacristie rebâtie, un ensemble de lambris et de mobilier en bois de chêne et de châtaignier. Le sculpteur et menuisier Pierre Le Dieu les réalisera. L’ampleur de ce mobilier et la qualité du travail en font l’un des plus beaux mobiliers de sacristie en Cornouailles.

Notes

*Dans le régime de la commende, un ecclésiastique ou un laïc perçoit à titre personnel les revenus d’une abbaye sans avoir autorité sur la discipline intérieure du monastère

**Pour Prosper Mérimée, alors inspecteur générale des monuments historiques,

les habitants des maisons voisines avaient dégradé les supports et contreforts de l’église

***Colonnes à demi prise dans une paroi

****Des représentations semblables de la Trinité, de la même époque, sont fréquente en Bretagne, comme celle de Locronan qui est complète



Le mont Sainte-Croix à l’arrière de l’église Saint-Vincent-de-Paul de Marseille, depuis mes fenêtres.

A suivre…